La dégressivité : −30 % à partir du 7e mois pour les salaires élevés

Un cadre à 5 000 € brut perd près d’un tiers de son allocation au septième mois. Les règles, les exceptions et les montants.

Serez-vous concerné par la dégressivité ?

ARE après dégressivité, par mois

2 777 €

ARE brute avant3 373 €
Allocation journalière avant112,44 €
Après dégressivité, par jour92,57 €
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La dégressivité réduit l'allocation de 30 % à partir du septième mois d'indemnisation, pour les allocataires de moins de cinquante-cinq ans dont le salaire brut dépassait environ 4 900 € par mois avant la perte d'emploi. Elle ne s'applique donc qu'à une minorité d'allocataires, mais l'effet est net : une allocation de 3 200 € tombe à 2 240 € du jour au lendemain. Un plancher empêche la baisse de descendre sous un montant journalier fixé par la convention d'assurance chômage, ce qui atténue la coupure juste au-dessus du seuil et la laisse pleine au-delà. Le compteur des six mois se suspend pendant une formation validée, et l'allocataire qui reprend un emploi puis retombe au chômage conserve l'état d'avancement de ce compteur. La règle s'apprécie à l'ouverture des droits : une revalorisation de l'allocation en cours d'indemnisation ne la déclenche pas si le seuil n'était pas franchi au départ.

Exemples 2026

Salaire brut/moisSJRConcernéARE brute mois 1–6ARE brute dès le mois 7Perte mensuelle
4 500 €147,95 €non2 530 €2 530 €0 €
5 000 €164,38 €oui2 811 €2 777 €34 €
6 000 €197,26 €oui3 373 €2 777 €596 €
7 000 €230,14 €oui3 935 €2 777 €1 158 €
9 000 €295,89 €oui5 060 €3 542 €1 518 €

La dernière colonne montre que la perte n’est pas linéaire. Juste au-dessus du seuil, le plancher de 92,57 € par jour absorbe une partie de la baisse ; à 6 000 € brut et plus, les 30 % s’appliquent pleinement et l’allocation mensuelle chute de plus de 1 000 €. Sur les douze mois restants d’un droit de 18 mois, un allocataire à 7 000 € brut perd ainsi plus de 14 000 € par rapport à une indemnisation sans dégressivité.

Pourquoi cette règle existe

La dégressivité a été introduite par le décret du 26 juillet 2019 et appliquée à partir de novembre 2019, puis suspendue pendant la crise sanitaire et rétablie en 2021 avec un seuil relevé. L’objectif affiché est d’inciter les cadres à reprendre plus vite un emploi, en partant du constat que les allocataires aux salaires élevés retrouvaient un poste plus lentement que la moyenne malgré un marché favorable. La mesure est inscrite à l’article 17 bis du règlement d’assurance chômage et reprise sans changement de principe par la convention de novembre 2024.

Les trois conditions

  1. Un SJR supérieur à 162,4 €. Le seuil correspond à un salaire brut mensuel d’environ 4 940 €, primes comprises, en moyenne sur les 24 derniers mois. Il est indexé chaque 1er juillet comme les autres paramètres.
  2. Moins de 55 ans à la date de fin du contrat de travail. Un allocataire de 54 ans et 11 mois est concerné pour toute la durée de son droit ; à 55 ans révolus, il ne l’est jamais, même s’il gagnait 10 000 € par mois.
  3. 182 jours indemnisés écoulés. Le compteur ne court que les jours effectivement indemnisés : les différés, le délai d’attente, les jours de formation, les jours non payés pendant une reprise d’activité et les périodes d’arrêt maladie ne comptent pas.

Le calcul exact

À partir du 183e jour, l’allocation journalière brute est multipliée par 0,7. Le résultat ne peut être inférieur à 92,57 €, ce qui correspond à 30 % de moins que l’allocation d’un SJR exactement égal au seuil. Les retenues sociales s’appliquent ensuite sur l’allocation réduite : la retenue retraite complémentaire reste calculée sur le SJR, donc inchangée, tandis que la CSG et la CRDS diminuent avec l’allocation. La baisse nette est donc légèrement inférieure à 30 %.

ÉtapeCalculExemple à 6 000 € brut
SJRSalaires 24 mois ÷ 730 jours197,26 €
ARE brute jours 1–18257 % × SJR112,44 €
ARE brute dès le jour 183× 0,7, min. 92,57 €92,57 €
Retenue retraite complémentaire3 % × SJR5,92 € (inchangée)
CSG + CRDS6,7 % × 98,25 % × ARE6,09 € au lieu de 7,40 €
ARE nette dès le jour 18380,56 € contre 99,12 €

Exceptions

  • 55 ans et plus à la fin du contrat.
  • Périodes de formation validées par France Travail : le décompte des 182 jours est suspendu.
  • Rechargement de droits : nouveau compteur.

Trois autres situations méritent d’être connues. L’allocataire qui bénéficie du contrat de sécurisation professionnelle après un licenciement économique perçoit l’allocation de sécurisation professionnelle, non dégressive, pendant douze mois. Les intermittents du spectacle relèvent des annexes VIII et X, hors champ de la dégressivité. Enfin, en cas de reprise d’un droit après une interruption, le compteur reprend là où il s’était arrêté, sans repartir de zéro, sauf rechargement.

Comment en limiter l’effet

Le levier principal est le temps : chaque jour travaillé pendant l’indemnisation retarde le 183e jour d’autant. Un allocataire qui effectue deux missions d’un mois pendant ses six premiers mois repousse la dégressivité de deux mois et conserve l’intégralité de ses droits non consommés. Une formation validée dans le projet personnalisé d’accès à l’emploi a le même effet, et la rémunération de formation, l’AREF, n’est jamais dégressive. À l’inverse, différer son inscription ne sert à rien : les différés ne sont pas des jours indemnisés et ne font pas courir le compteur, mais ils ne retardent pas la fin de droits non plus.

Pour les salariés dont le SJR est proche du seuil, la période de référence peut faire basculer d’un côté ou de l’autre : une prime exceptionnelle de 5 000 € sur 24 mois ajoute 6,94 € au SJR. Il n’est pas possible d’exclure volontairement une rémunération, mais il est utile de vérifier que l’employeur n’a pas déclaré par erreur une indemnité de rupture comme du salaire.

Vérifier si vous êtes concerné

Deux informations suffisent : votre âge à la date de fin du contrat et le SJR figurant sur la notification de France Travail, ou, à défaut, la moyenne de vos bruts mensuels des 24 derniers mois divisée par 30. Si vous avez moins de 55 ans et que ce chiffre dépasse 162,4 €, la notification mentionne un second montant applicable « à compter du 183e jour ». Son absence n’est pas une garantie : le coefficient est parfois appliqué par un courrier ultérieur, quelques semaines avant la baisse.

Dégressivité et fin de droits

La dégressivité réduit le montant journalier, pas le nombre de jours. Un droit de 548 jours reste un droit de 548 jours ; seul le total versé baisse. Le simulateur affiche pour chaque salaire le total brut et net sur toute la durée, dégressivité comprise, et la page Durée d’indemnisation détaille les plafonds par âge. Pour connaître votre situation, saisissez votre salaire dans le simulateur : la ligne « Concerné par la dégressivité » et le second montant mensuel apparaissent automatiquement.

Questions fréquentes

Qui est concerné ?

Deux conditions doivent être réunies, et elles s’apprécient à la fin du contrat de travail : avoir moins de 55 ans, et présenter un salaire journalier de référence supérieur à 162,4 €, soit environ 4 940 € brut par mois. Un allocataire de 55 ans ou plus échappe à la dégressivité quel que soit son salaire. Le seuil est revalorisé chaque 1er juillet par le conseil d’administration de l’Unédic.

Quand la baisse s’applique-t-elle ?

La réduction prend effet au 183ᵉ jour indemnisé, c’est-à-dire au début du 7ᵉ mois. Le décompte porte sur les jours effectivement indemnisés, et non sur le temps écoulé depuis l’inscription : les jours de formation validée et les jours non payés au titre d’une reprise d’emploi ne sont pas comptés et repoussent donc d’autant la date de bascule. Une interruption longue de l’indemnisation retarde mécaniquement l’application.

Peut-on descendre sous le plancher ?

Non. L’allocation réduite ne peut pas descendre sous 92,57 € par jour, soit 2 777 € par mois de 30 jours. Ce plancher change la portée réelle de la mesure : pour un salaire journalier de référence juste au-dessus du seuil, la baisse effective est bien inférieure à 30 %, parfois nulle. Elle n’atteint son plein effet que pour les allocations nettement supérieures au plancher.

La dégressivité s’applique-t-elle au rechargement ?

Un rechargement ouvre un droit entièrement nouveau, calculé sur un nouveau salaire journalier de référence : le compteur des 182 jours repart de zéro. La dégressivité ne s’appliquera donc que si ce nouveau salaire de référence dépasse à son tour le seuil, et seulement à partir du 7ᵉ mois du nouveau droit. Un rechargement obtenu après une reprise d’emploi moins bien payée efface en pratique la réduction.

Le plafond de la Sécurité sociale joue-t-il ?

Non, les deux mécanismes sont indépendants. La dégressivité ne dépend que du salaire journalier de référence et de l’âge à la fin du contrat. Le plafond des contributions, fixé à quatre fois le plafond de la Sécurité sociale, intervient en amont : il limite la part du salaire prise en compte dans le calcul du salaire de référence lui-même. Un salaire très élevé est donc d’abord écrêté, puis éventuellement soumis à la dégressivité.

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Sources

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